TSN : le parcours de soins à l’ère numérique


10 avril 2016

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L’augmentation de la prévalence des maladies chroniques en France exige de repenser notre modèle de médecine. La prise en charge de ces patients nécessite d’instaurer une collaboration fluide entre les différents professionnels de santé, les établissements et les malades : tel est l’un des principaux objectifs du plan Territoire de Soins Numérique (TSN). Un projet ambitieux qui utilise le numérique pour remettre le patient au centre du parcours de soin.

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Chiffres clefs :

  • 10 millions de Français sont atteints d’une ALD (affection longue durée), soit un Français sur six. Entre 2004 et 2014, le nombre de patients concernés par une maladie chronique a progressé de 33% en France. Source : Régime général de l’Assurance Maladie (ouvre un nouvel onglet)
  • 80 millions d’euros ont été investis pour soutenir le secteur de l’e-santé dans le cadre du programme « Territoire de Soins Numérique ».
  • Suite à l’appel à projets national « Territoire de Soins Numérique », 10 millions d’euros ont été accordés au projet XL ENS en Aquitaine, dans le cadre du Fonds national pour la Société Numérique.
  • L’Aquitaine est la première région française en matière d’e-santé : 45% du chiffre d’affaires national y est généré, on y trouve 50% des effectifs de la filière TIC santé.

Pour aller plus loin :

 

 

 

L’interview de Marie-Noëlle Billebot, Directrice du projet TSN, ARS Aquitaine

« Le parcours d’un patient est complexe et pas forcément reproductible.»

À l’heure où plus de 15% de la population française est touchée par une maladie chronique 1, à quoi ressemble le parcours des patients ? Du médecin généraliste à l’hôpital, du spécialiste à l’infirmier à domicile : les démarches sont complexes, les acteurs nombreux et la prise en charge encore loin d’être optimale. Les professionnels de santé gagneraient en effet à mieux se concerter et à faire circuler l’information pour mieux soigner les « affections longue durée » (ALD) que sont le diabète, le cancer, l’insuffisance cardiaque, l’asthme ou encore la maladie d’Alzheimer.

C’est dans ce contexte qu’a été lancé le plan « Territoire de Soins Numérique » (TSN) en 2013 par la ministre de la Santé Marisol Touraine. Considéré comme un investissement d’avenir, le programme TSN subventionne cinq projets pilotes afin de développer l’e-santé dans les territoires, avec un budget total de 80 millions d’euros. Ainsi, sur 18 candidatures émanant des Agences Régionales de Santé, 5 projets régionaux ont été retenus par la DGOS (Délégation générale de l’offre de soins) en Aquitaine, Bourgogne, Ile-de-France, Rhône-Alpes et Océan indien. Tous ces projets appelés à se déployer entre 2014 et 2017 ont en commun de proposer des « solutions innovantes centrées sur l’usager » et de « renforcer la logique de parcours » 2, si l’on en croit le Ministère de la Santé. C’est en tant qu’hébergeur agréé de données de santé et fournisseur de réseaux de partage d’informations qu’Orange a remporté trois appels d’offres au sein du plan TSN, en Aquitaine, Rhône-Alpes et Océan indien.

Des plateformes pour centraliser l’information

« Dans le parcours de soins, nous ne pouvons pas agir du point de vue de la pathologie, mais nous pouvons améliorer la coordination, en créant des plateformes de services de santé pour l’ensemble des professionnels et des patients », explique Pascal Nibeaudeau, Directeur Commercial pour Orange Healthcare. Ces plateformes représentent l’infrastructure de base des nouveaux parcours de soins : un socle commun qui héberge, met en réseau, réceptionne et diffuse les données des patients. « À partir de ce socle, des services sont développés en fonction des pathologies et des usages des patients dans les territoires », précise P. Nibeaudeau. En Ile-de-France par exemple, quarante hôpitaux dématérialisent et stockent désormais l’imagerie médicale dans le cloud, permettant ainsi de simplifier la consultation et le transfert des images entre médecins, établissements et patients.

Pour le médecin, ces plateformes permettent d’avoir un accès direct aux antécédents du patient, d’éviter les doublons d’examens et de communiquer directement avec d’autres praticiens. Pour le patient, l’accès à son dossier médical via son ordinateur ou son mobile lui permet de le partager avec son laboratoire ou son médecin et d’assurer ainsi la continuité des soins. « Ces plateformes font basculer le centre de gravité du médecin vers le patient en l’aidant à mieux s’organiser. Si elles font leurs preuves dans le cadre du projet TSN, elles pourront être étendues aux grandes régions, permettant de gérer un grand nombre de patients avec une même infrastructure. »

Des outils mobiles pour mieux suivre le patient

Le parcours de soins à l’ère numérique privilégie le maintien à domicile et se dote pour cela d’outils mobiles innovants. « Les objets connectés et les applications liés aux maladies chroniques sont des dispositifs médicaux à part entière qui s’insèrent dans un protocole de soin et qui sont corrélés aux plateformes de services », précise P. Nibeaudeau.

En Aquitaine, la plateforme « Santé Landes » proposera bientôt son application pour les patients, intégrant un agenda, des fonctionnalités de rappel de rendez-vous et l’accès à des outils d’éducation thérapeutique. Des start-up locales sont également parties prenantes, comme les tablettes et les objets connectés Dom-Assist développées par une équipe de l’Inria, qui permettent de suivre à distance les personnes âgées à leur domicile. Seul obstacle au déploiement de ces solutions, il est difficile à l’heure actuelle de surveiller les remontées quotidiennes d’informations de ces objets. Comment traiter ces données, avec quels moyens et quelles compétences ? Ces questions restent à poser d’ici 2017.

Des data center pour sécuriser les données

Avec la mise en réseaux des médecins et des établissements de santé, ainsi que l’usage des applications et objets connectés de santé, le volume de données à héberger au sein des plateformes va croître de façon exponentielle.

Pouls, tension, électrocardiogramme, comptes rendus d’hospitalisation, « toutes les données accumulées par les patients suivis via la plateforme « Santé Landes » sont hébergées dans nos data center », explique Christian Combot, responsable des ventes secteur santé Sud-Ouest pour Orange Business Services. Des centres spécifiquement agréés par l’État, répondant à 74 critères de sécurité et régulièrement contrôlés par la CNIL, capables de crypter toutes les informations, de les dupliquer pour les sauvegarder et répondant à un protocole précis en cas de décryptage : seul un médecin peut ainsi consulter et transférer les données qui y sont stockées. « En Aquitaine, le second semestre 2016 devrait nous amener à travailler sur la gestion des données issues des objets connectés, précise C. Combot. La plateforme régionale de coordination devra pouvoir superviser ces objets connectés pour surveiller les données et y associer des scénarios d’alerte. »

1 Source : régime général de l’Assurance Maladie http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021754654522-la-france-compte-10-millions-de-malades-de-longue-duree-1205999.php
2 http://social-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/e-sante/article/investissements-d-avenir-le-gouvernement-retient-5-projets-dans-le-programme