Big Data, Climat et Santé


30 novembre 2015

Il n’y a pas que les ours polaires qui sont menacés par le changement climatique. Selon l’OMS, entre 2030 et 2050, le changement climatique devrait entraîner près de 250 000 décès supplémentaires par an dans la population mondiale. À la veille de la Conférence des Nations-Unies sur le climat (COP21) qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015, des initiatives ambitieuses mettent en lumière le potentiel des Big Data pour réduire les effets du changement climatique sur la santé.

Chiffres clefs :

  • Au cours des 130 dernières années, la température a augmenté d’environ 0,85°C dans le monde. Ces 25 dernières années, le rythme s’est accéléré avec plus de 0,18°C de réchauffement par décennie.
  • On estime que le coût des dommages directs du changement climatique pour la santé (en excluant les coûts dans les secteurs déterminants pour la santé tels que l’agriculture, l’eau et l’assainissement) se situe entre 2 et 4 milliards de dollars (US) par an d’ici 2030.
  • Les émissions de dioxyde de carbone et la pollution de l’air dans les habitations sont la cause de 4,3 millions de décès par an, la pollution atmosphérique cause environ 3,7 millions de décès par an.

Source : OMS, 2015 http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs266/fr/ (ouvre un nouvel onglet)

Pour aller plus loin :

L’interview de Michèle Garlatti, chercheur et chargée de médiation scientifique à l’INSERM

« Le changement climatique a aussi des effets sur la santé humaine »

Les effets du réchauffement sur la santé humaine sont désormais avérés par la communauté scientifique, mais encore largement méconnus du grand public.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) tire ainsi la sonnette d’alarme avec plusieurs constats :

  • le changement climatique influe sur les déterminants sociaux de la santé – air pur, eau potable, nourriture et sécurité du logement- ;
  • les températures caniculaires contribuent directement à la mortalité par les "coups de chaleur" qu'ils provoquent notamment chez les personnes âgées.
  • Les canicules favorisent aussi la production d'ozone dans l'air, un gaz toxique à forte concentration par ses effets sur l'appareil respiratoire et cardiovasculaire.

Dans l’hexagone, les hivers plus doux augmentent la production de pollen et favorisent les allergies respiratoires, dont la forme la plus grave est la crise d'asthme sévère.

« En France, près d’une personne sur trois est aujourd’hui allergique, et on compte quatre millions d’asthmatiques. Malheureusement, le phénomène prend de l’ampleur et il est dû en partie au changement climatique », explique Christine Rolland, directrice de l’association Asthme et Allergies. Un phénomène qui pèse lourd dans la balance des dépenses de santé : selon un rapport du Sénat publié en juillet dernier (ouvre un nouvel onglet), la pollution de l’air coûterait chaque année 3 milliards d’euros à la Sécurité sociale.

Les Big Data au service de la recherche sur le climat et la santé

Dans ce contexte, le besoin se fait sentir de mieux connaître les relations de cause à effet entre les conditions climatiques et la santé des populations, et les données massives générées au quotidien par les organisations et les individus - appelées Big Data-, ont plus que jamais un rôle à jouer.

« Les effets du changement climatique sur la santé est une problématique émergente qui nécessite d’engager des recherches interdisciplinaires et de compiler un grand nombre de données issues des sciences du climat, de la biologie, des sciences humaines et sociales », explique Michèle Garlatti, chercheur et commissaire de l’ exposition Climat & Santé (ouvre un nouvel onglet) organisée par l’Inserm en marge de la COP21 (ouvre un nouvel onglet).

Plusieurs initiatives portant sur l’utilisation des Big Data verront ainsi le jour à l’occasion de la Conférence sur le climat, dont le très ambitieux Data for Climate Action (ouvre un nouvel onglet), initié par UN Global Pulse, le programme d’innovation de l’ONU autour des Big Data. Ce challenge d’open innovation propose aux entreprises privées et aux gouvernements de partager avec les scientifiques les données dont elles disposent et qui pourraient être utiles pour la recherche, la prévention et la gestion des évènements climatiques.

Pourquoi exploiter les données d’un réseau mobile ?

Le Data for Climate Action a été directement inspiré par le challenge Data for Development (D4D). Organisé par Orange en Côte d’Ivoire en 2012, le challenge Data For Development a mis en lumière l’intérêt d’exploiter les données massives pour répondre à des problématiques de développement, comme le souligne Nicolas de Cordes, VP Marketing Anticipation et responsable des projets D4D.

« Une fois anonymisées, les données dont nous disposons grâce à notre réseau mobile nous permettent d’étudier la densité et les mouvements de populations, ce qui s’avère précieux par exemple pour observer les mécanismes de propagation des maladies transmissibles comme la malaria, le sida, la tuberculose ou la méningite. »

En cas de crise climatique, les données de l’opérateur peuvent également servir à localiser les zones et les individus les plus affectés. Orange étudie par ailleurs la possibilité d’exploiter ses antennes de réseau équipées de panneaux solaires –environ 2500 sur le continent africain-, afin de récolter des données météorologiques précises et de prévenir les risques de sécheresse.

La « Data Philanthropy » au service du climat et de la santé

« L’exploitation des Big Data pour étudier comment les populations sont affectées par les évènements climatiques et sociologiques n’en est qu’à ses débuts », précise Nicolas de Cordes. Il voit effectivement Orange et de nombreuses grandes organisations s’intéresser à la « Data Philanthropy » : le fait de partager des données utiles en prenant la peine de les anonymiser en amont, et d’encadrer leur utilisation en mettant en place des comités d’éthique.

L’opérateur français s’est ainsi associé au programme de recherche participatif Epidemium (ouvre un nouvel onglet), dédié à la compréhension du cancer grâce aux Big Data, et dont l’un des challenges baptisé « Cancer et changement climatique », consiste à proposer « une solution data-analytique originale permettant de rapporter des données climatiques ou agro-environnementales à la survenue de cancers ».

D’autres projets pourraient nécessiter une mobilisation de données provenant d’organisations privées et publiques comme l'étude de l’Exposome, réalisée par des chercheurs de l’Inserm : « il s’agit d’étudier l’ensemble des expositions qui peuvent influencer la santé d’un individu durant sa vie entière, telles que la pollution, l’alimentation, l’activité physique, etc. C’est une approche innovante, adaptée à l’étude des effets du changement climatique sur la santé, qui nécessite le croisement de nombreuses données individuelles et collectives », souligne Michèle Garlatti.

Interdisciplinarité dans la recherche, innovation et partage des données sont donc les conditions d’une prise de conscience et d’une action efficaces pour lutter contre les effets du réchauffement climatique sur la santé au 21e siècle, en attendant de trouver, un jour, un accord et des moyens pour faire cesser la hausse des températures.