La télésurveillance des patients : un enjeu pour la santé de demain…


03 décembre 2019

La télésurveillance par des applications d'ePRS (expression par le Patient de Résultats et de Symptômes) a fait ses preuves en oncologie avec une survie plus importante et une qualité de vie améliorée. En collaboration avec le Dr F. Denis, Orange Healthcare cherche à développer des outils de suivi permettant de réduire la fracture numérique des patients ayant un cancer de prostate – majoritairement des personnes d’un certain âge et souvent sans accès à internet. Ce manque pourrait être comblé par le développement d’un robot téléphonique avec Intelligence Artificielle de reconnaissance vocale (PhoneBot).
Les premiers résultats sont encourageants, et sont présentés au Congrès Européen de Télémédecine.

La télésurveillance médicale de patients s’appuie sur différentes approches à la fois méthodologiques et technologiques : suivi des données grâce aux objets connectés, auto-évaluation par des applications de type ePRS (expression par le Patient de Résultats et de Symptômes, ou PRO : Patient-reported outcomes en anglais) par exemple.

Récemment, l’utilisation de ce type d’application e-PRS a fait ses preuves en Oncologie avec un bénéfice de ce suivi sur la survie et la qualité de vie des patients (1) et, également, sur les coûts de prise en charge des patients, son utilisation réduisant notamment le coût des transports sanitaires inutiles (2).

L’application Moovcare® issue des travaux du Dr Fabrice Denis et développée par la société Sivan Innovation en est donc un des premiers exemples reconnus et validés. Elle permet de détecter des récidives ou complications dès les premiers symptômes chez des patients atteints d’un cancer du poumon. Citée comme référence par Agnès Buzyn dans son discours lors du Colloque « Données de santé et intelligence collective » du 18 novembre 2019, cette application a obtenue récemment une autorisation de remboursement par la CNEDMITS (Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé).

Une télésurveillance médicale développée avec Orange malgré la fracture numérique

Néanmoins, malgré un taux élevé de possession d’équipements numériques en France, une partie de la population fait face à une fracture numérique, notamment les plus âgés de nos concitoyens. Si nous prenons l’exemple de patients atteints de cancer de la prostate dont l’âge médian de diagnostic est d’environ 70 ans, seuls 40% possèdent un smartphone et moins de 5% se connectent à internet via ce device (3). L’accès aux outils de télésurveillance médicale numérique devient, dans ce contexte, inégalitaire.

Aussi, Orange Healthcare, supportée par le Laboratoire d’Informatique Cognitive d’Orange France, s’est engagée, en partenariat avec le Dr Fabrice Denis, à développer une solution permettant de pallier ce manque, conformément aux engagements RSE du Groupe Orange pour une société numérique inclusive.

En 2019, des travaux de développement d’un premier prototype de robot téléphonique avec Intelligence Artificielle (PhoneBot) de reconnaissance vocale ont été initiés. L’objectif de cette solution est de permettre d’interroger à distance les patients directement sur leur téléphone fixe ou mobile pour recueillir les informations régulières sur leurs symptômes, pour les analyser et transmettre d’éventuelles alertes à l’équipe soignante en vue d’une prise en charge précoce. Cette solution 100% vocale ne nécessiterait aucun téléchargement préalable d’une application mobile ou connexion sur un site internet, tout en rendant accessible à une télésurveillance les patients isolés numériquement.

Le Phonebot utilise l'intelligence artificielle pour dialoguer avec des patients atteints de cancer

Dans le but de proposer un prototype de dialogue par Phonebot opérationnel et patient-centric, nous avons réalisé une étude descriptive de faisabilité de l’usage du Phonebot auprès de patients suivis après un traitement de cancer de prostate. Nous avons, dans ce cadre, cherché à valider l’acceptabilité d’un suivi via un agent conversationnel, mesurer le niveau de satisfaction et les perceptions induites par son utilisation et observer les capacités d’utilisation et les écueils éventuels par les utilisateurs. Cette étude qualitative a été menée au sein du Centre Inter-régional de Cancérologie du Mans dans une démarche de co-construction.

Les premiers résultats de ces travaux sont présentés, en collaboration avec le Dr Fabrice Denis, lors d’une communication écrite au 12e Congrès Européen de Télémédecine (3-4 décembre 2019, Paris). Cette étude a été réalisée avec les patients sur un petit échantillon et nos premiers travaux montrent une forte adhésion des patients pour la version vocale du questionnaire médical versus l’utilisation d’une application mobile et une acceptabilité de ce type de suivi au sein de leur parcours de soins.

(1) Basch et al. JAMA 2017, Denis et al. JAMA 2019

(2) Lizée et al. JTO 2019

(3) Étude CREDOC 2018