[interview] Gérald Cultot – « Notre défi principal est d’aider à la mise en place d’une plus grande interopérabilité des systèmes de santé en ligne en Europe. »


6 septembre 2016

Au-delà des aspects très techniques et politiques que recouvre la mise en place de l’interopérabilité des systèmes de santé en ligne en Europe, l'Union Européenne œuvre au quotidien pour son déploiement au sein des États membres via des actions concrètes et le financement de programmes de recherche. Entretien avec Gerald Cultot, de la Commission Européenne.

Vous êtes en charge, au sein de la Commission Européenne, du développement de l’interopérabilité des systèmes de santé en ligne. Quelle est exactement votre mission ?

Je suis chargé de mission dans l'unité responsable de la santé en ligne, du bien-être et du vieillissement au sein de la DG CONNECT, la Direction Générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies (ouvre un nouvel onglet). Notre DG s'est vue confiée des missions multiples.

Parmi les prérogatives de mon unité se trouvent le soutien à la recherche, au développement et à l’innovation en matière de santé en ligne; l’adoption et le développement de l’interopérabilité des systèmes d’information; la promotion de ces activités de santé en ligne ayant comme objectif un large déploiement; et enfin le dialogue politique et la coopération internationale avec nos partenaires européens et au-delà de l’Europe. En fait, la plupart de nos actions sont reprises dans le " plan d'action pour la santé en ligne 2012-2020 – des soins de santé innovants pour le XXIe siècle (ouvre un nouvel onglet)", où nous présentons notre vision et stratégie détaillées.

En résumé, je dirais que notre défi principal est d’aider à la mise en place d'une plus grande interopérabilité des systèmes de santé en ligne en Europe.

Quelles sont les actions menées par la Commission européenne pour que l’interopérabilité soit plus présente au niveau européen ?

Tout ce qui concerne la santé relève de l’autorité des États membres. Notre mission est surtout d’apporter un soutien à l’innovation et au déploiement de l’interopérabilité, notamment via le financement de programmes de recherche. En 2015 nous avons, par exemple, lancé un appel d’offres pour les États Membres dans le cadre d’un programme appelé Connecting Europe Facility (CEF).

L’idée ? Faciliter le suivi des patients européens en assurant les échanges de données médicales (prescriptions et dossiers médicaux) entre les États Membres. Suite à l'évaluation des propositions envoyées par les Etats membres, nous financerons les meilleures d'entre elles, pour permettre la mise en place de ces nouveaux services d’ici 2018. Le retour des États Membres est très encourageant; nombreux sont ceux à s’être manifestés, ce qui démontre une vraie volonté politique d’implémenter l’interopérabilité de ces services au niveau européen.

Quels autres projets visant à déployer l’interopérabilité soutenez-vous ?

Nous menons des actions de support et de coordination : nous allons ainsi subventionner d’ici la fin de l’année la mise en place d’un "schéma d'évaluation de conformité aux standards dans le domaine de la santé", destiné à valider des solutions de santé innovantes et à s’assurer qu’elles soient bien interopérables et qu’elles respectent certains standards d’interopérabilité. Notre objectif est de financer cette structure et d’apporter ainsi un double avantage, aux acheteurs mais aussi aux éditeurs de solutions de santé.

Ainsi, les premiers auront une garantie sur la qualité des solutions dans lesquelles ils investissent, et les seconds pourront se prévaloir d'une évaluation qu'un laboratoire leur assurera.

Par ailleurs, en 2017, nous innoverons avec une démarche inédite : nous souhaitons cette fois financer les acheteurs publics -p.ex. hôpitaux, groupes d’hôpitaux, États membres- qui ont l’intention d’investir dans des solutions de santé en ligne. Nous leur proposerons de financer leurs coûts à hauteur de 35%, avec pour principale exigence en retour qu’ils respectent les principaux standards d’interopérabilité. Autant d’actions concrètes qui permettent peu à peu d’ouvrir le champ de l’interopérabilité en Europe.


Gérald Cultot, Commission Européenne

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