[interview] Alain Rousset – « L’e-santé fait partie des priorités »


30 mai 2016

Entretien avec Alain Rousset, Président de la Région Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes.

Quelle politique e-santé est à l'oeuvre au sein de la région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes (ALPC) ?

L’e-santé fait partie des priorités parce que ce sujet concerne à la fois l’humain, la vie en société, l’aménagement du territoire, mais aussi le développement social et économique de la région. La région ALPC a deux objectifs au travers de sa politique e-santé : favoriser l’accès aux soins de tous sur les territoires et préparer la santé du futur.

Quelles actions concrètes cela implique-t-il ?

Cela implique en premier lieu de fluidifier la communication et les échanges entre professionnels de santé (infirmières, aides-soignants, médecins, spécialistes) et entre professionnels et patients, pour améliorer le suivi et la qualité des soins, grâce à des outils de partage d’informations. Nous devons ensuite faire en sorte de stopper la désertification médicale, grâce aux maisons de santé. Celles-ci répondent à une double exigence des médecins, qui ne veulent plus travailler seuls et 24h sur 24. Ils ont besoin d’une forme de collégialité. Nous travaillons enfin au développement d’un écosystème favorable à l’éclosion d’entreprises innovantes dans la santé, pour développer les outils et services du futur.

Quel bilan peut-on dresser de cette politique en 2016 ?

Les trois ex-Régions (Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes) ont porté depuis quelques années de grands projets d’e-santé comme la mise en place du parcours de soin numérique avec le projet Territoire de Soins Numérique (TSN Santé Landes) ou le programme régional de télémédecine. Pour sa part, dès 2012, la Région Aquitaine, en concertation avec l’ARS et TéléSanté Aquitaine, a mis en place une stratégie de déploiement des outils numériques via un Appel à Manifestation régional d’Intérêt : AMI e-santé. Ainsi, 10 projets de territoires portés par des groupements de professionnels de santé ont été soutenus pour la mise en place de pratiques numériques collaboratives ayant pour objectif central la continuité du suivi du patient. L’aide de la Région Aquitaine s’est élevée à environ 1 million d’euros. Autre initiative portée par la région, le Cluster TIC Santé aquitain qui rassemble industriels, universitaires, experts, laboratoires et représentants des professionnels de santé, et qui aide les entreprises à se développer sur le marché de l’e-santé.

Quels sont les atouts spécifiques de votre région pour développer l’e-santé ?

L’Aquitaine est une région pionnière en matière d’e-santé, 50% des entreprises e-santé françaises y sont concentrées. Cela tient à une présence industrielle forte, une volonté historique de la région d’innover dans la santé et de nombreuses expériences mises en place sur nos territoires.

À ce sujet, quel est l’impact de la réforme territoriale sur la politique e-santé de la région ?

L’échelle de la grande région va permettre d’étendre les bonnes expériences beaucoup plus vite : par exemple en matière de Silver économie, le Limousin a pris une longueur d’avance et les expérimentations menées pourront être étendues au territoire de la grande région. Les compétences seront réparties entre un délégué santé pour une vision et une action globale sur les questions de santé, un délégué au numérique, un délégué à l’innovation, des élus de territoire dont l’une des missions est d’être au plus près des besoins en matière de santé, et qui travaillent en lien avec le délégué santé. Par ailleurs des partenariats forts seront maintenus avec les autres acteurs : ARS, Groupements de Coopération Sanitaire, entreprises, départements, communes, acteurs médico-sociaux, associations, etc.

Quels sont les grands chantiers à mener pour la région en matière d’e-santé dans les  dix prochaines années ?

Installer le très haut débit sur tout le territoire afin que l’e-santé soit accessible à tous.
Développer la formation du personnel médical et paramédical aux nouveaux usages numériques grâce au e-learning. Poursuivre les expériences pour améliorer la prise en charge des patients atteints de maladie chronique (cancer, diabète). L’innovation est dans notre ADN, car une bonne politique ne se contente pas de gérer le présent, elle anticipe l’avenir. Nous réfléchissions à la création d’une université du futur : un lieu d’information et de formation aux technologies de rupture NBIC (acronyme de Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, et sciences Cognitives) pour tous et dans tous les domaines. Nous devons être les acteurs et pas les spectateurs de la révolution numérique qui impacte toutes les filières, dont la santé. À échéance 2020/2025, l’objectif global de la Région est d’accompagner la mutation vers la médecine personnalisée, et faire d’ALPC le « laboratoire de la santé du futur ».

       

Alain Rousset, Président de la Région Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes
 

 

Pour aller plus loin :

[dossier du mois] Politique et e-santé
La France dessine son futur système de santé.

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