[dossier du mois] 5G, la révolution du débit au service de l’e-santé

08 octobre 08 octobre

Encore au stade de l’expérimentation, la 5G promet d’atteindre des débits considérables et de révolu-tionner les réseaux de communication de demain. Transfert de données, communication machine to machine, Internet des objets : les infrastructures qui devraient voir le jour d’ici 2020 sont autant de promesses pour les acteurs de l’e-santé.

 

Chiffres clefs :

  • 2020 : les premières offres 5G devraient être commercialisées d’ici 5 ans.
  • La 5G assurera des débits compris entre 0,1 et 1000 Mbps.
  • 1000 objets communicants pourront être connectés par mètre carré, soit mille fois plus qu’aujourd’hui.
  • 1,4 milliards d’euros : c’est le budget dont bénéficie le plan 5G PPP, financé pour moitié par l'Union européenne, l'autre partie étant apportée par les partenaires opérateurs et équipementiers.
  • 9 acteurs de la santé se sont embarqués dans le white paper commun 5G et santé organisé par l’association 5G infrastructure : Napier University, NHS Trust IT, Cup 2000, Maverick Television, The BioRobotics Institute,  Scuola Superiore Sant’Anna, ITTI Poland, Klinikum rechts der Isar, Munich, Gane Data et Tevapharm.

 

Pour aller plus loin :

 

 

 

L’interview de Nicolas Colin, co-fondateur de The Family

« La 5G va intensifier la collecte des données de santé »

Ceux-ci voient dans la 5G un outil puissant pour développer de nouvelles applications et services, notamment dans les secteurs de la télé-chirurgie et du traitement des patients à distance. Fluidifier, renforcer, multiplier mais également sécuriser les transferts des données de santé : les enjeux de la 5G sont vastes.

4G versus 5G : spécificités techniques

« Pour l’heure la 5G n’existe pas, nous devons l’inventer », rappelle Benjamin Sarda, directeur marketing chez Orange Healthcare. « Quand on doit construire un standard comme la 5G ou la 4G avant elle, ce sont des années de discussions entre les acteurs de l’écosystème des télécoms et leurs clients, pour déterminer ce dont on a vraiment besoin », explique-t-il.

Un processus de sélection des innovations très long, qui doit répondre à des points de vue et des besoins divergents. « Nous sommes très loin de savoir de ce que sera la 5G, même si nous avons des pistes de réflexion », souligne Benjamin Sarda.

Parmi les promesses de la 5G : atteindre un débit de 10 gigabits par seconde, assurer sur les réseaux le transit d’un volume de données 10 000 fois plus important qu’aujourd’hui, avec une latence (temps de réponse) inférieure à 1 milliseconde (contre 50 millisecondes aujourd’hui).

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Les bénéfices attendus de la 5G pour l’e-santé

Quand on parle de la 5G, on pense donc naturellement à la vitesse du débit ou à la latence. « En fait dans le domaine de l’e-santé ce sont des grandeurs d’une importance un peu secondaire : ce n’est pas parce qu’on va plus vite qu’on créera de nouveaux usages et qu’on changera la vie des patients et des professionnels », avertit Benjamin Sarda.
En effet, mise à part l’imagerie médicale, les usages sont généralement à faible consommation de bande passante et l’e-santé n’exige que très peu d’interactions en temps réel.

« On surveille un patient avec une capacité de réaction dont l’ordre de grandeur est à dimension humaine : il ne sert pas à grand chose d’aller plus vite que l’infirmière ou le médecin. En e-santé, nous sommes donc loin des besoins et demandes d’autres secteurs, comme l’automobile ou les drones », souligne le directeur marketing d’Orange Healthcare.

En revanche, d’autres défis relevés par la 5G pourraient s’avérer riches d’opportunités pour l’avenir de la santé connectée. Parmi eux : l’homogénéité de la connexion, la sécurisation des réseaux et une gestion intelligente de l’Internet des objets.

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Assurer une connexion homogène

« La technologie qui est disponible uniquement sur des centres techniques en centres hospitaliers sera de plus en plus accessible en mobilité. Ainsi, ce qui très longtemps a été réservé à une activité fixe et intra-hospitalière deviendra petit à petit disponible sur le terrain, chez le patient, dans l’ambulance… », observe Benjamin Sarda.

De ce fait, la question se pose de pouvoir utiliser les mêmes outils à l’intérieur et à l’extérieur de l’enceinte de l’hôpital. Il faut ainsi pouvoir assurer une convergence des outils, mais également un service homogène, avec une qualité de l’expérience connectée assurée de bout en bout.

« Cela pose également des requirements sur ce qu’on appelle le « deep indoor » : au plus profond des bâtiments, derrière des murs très épais, la qualité de service devra être rendue de la même façon qu’en extérieur ».

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Une gestion intelligente de l’Internet des objets

L’internet des objets dans la santé ne concerne plus uniquement les pathologies cardiaques et le diabète, mais s’étend à d’autres affections, comme l’apnée du sommeil. « Il faut que le système soit conçu pour être économe en matière énergétique. On doit avoir des outils autonomes, qui n’ont pas besoin d’être rechargés tous les jours, mais idéalement une fois par mois voire par an », avance Benjamin Sarda.

Un vrai défi : en effet, plus on monte en fréquence, plus l’outil consomme d’énergie.

Chez Orange, on se projette dans une 5G qui pourrait rendre compatible montée en fréquence et Internet des objets, « avec plus de bande passante mais pas de contrainte sur la latence ».

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Sécurisation des réseaux

« Il faudra également porter une attention toute particulière à la gestion de la sécurité », souligne Benjamin Sarda. L’authentification des utilisateurs et des objets connectés est en effet primordiale. Il sera essentiel de pouvoir authentifier facilement quel objet est utilisé sur le réseau, et à quel patient il est relié. « Cette authentification doit être faite « by design », à savoir intégrée à l’infrastructure, en amont, et non rajoutée a posteriori ».

Par ailleurs, Orange insiste sur la nécessité de pouvoir faire fonctionner le réseau autant que faire se peut en mode dégradé.

« Pour un hôpital, il faut imaginer un réseau capable de fonctionner même en situation de catastrophe naturelle, ou en cas de dégât des eaux ou de panne d’énergie… L’objectif : pouvoir fonctionner avec une même infrastructure suivant deux régimes ». Une solution qui permet à la fois de traiter les situations d’urgence, et de développer le même réseau partout, notamment dans des pays en voie de développement.

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Le rôle de l’association « 5G infrastructure »

L’association « 5G infrastructure » a été créée dans le cadre d’un contrat de partenariat public-privé avec la Commission européenne sur la 5G. « Ses membres participent à un programme collaboratif de recherche sur la 5G, financé par la Commission européenne jusqu’à 700 millions d’euros jusqu’en 2020 », explique Jean-Sébastien Bedo qui siège pour Orange dans le partnership board du PPP 5G.

On compte 36 membres dans l’association dont des équipementiers comme Ericson, Nokia, des opérateurs comme Orange, Telefonica, Deutsche Telekom, des académiques comme l’université de Bologne, mais aussi Samsung, Intel, IBM

« Nous travaillons autour de la programmation des projets de la Commission, mais également sur la vision industrielle européenne sur la 5G. Nous avons produit un papier de vision sur ce qu’est la 5G, les projets qu’elle va permettre, les performances techniques envisageables… L’une des grandes innovations de la 5G par rapport aux générations précédentes c’est que l’on veut cibler des secteurs verticaux comme la santé, les transports, l’énergie et l’usine du futur ».

Sur l’e-santé, un vrai travail de dialogue entre les acteurs de la santé et les acteurs du secteur de la communication a ainsi été engagé : « via des workshop et la réalisation de white papers (livres blancs, ndlr), nous faisons remonter les besoins et attentes du secteur et nous commençons à dessiner le futur standard. L’idée étant de déployer ensemble les premiers tests d’ici 2020 ».